Côté Boulevard

Un blog au coeur de la ville d’Orléans

L’Eglise et le monde du travail

Hier soir, soirée débat organisée dans le cadre de la visite pastorale de Mgr Fort, Evèque d’Orléans au sujet du monde du travail. 120 personnes dont 25 membres du génialissime mouvement chrétien des cadres et dirigeants.

Nous avons eu droit à des exposés du patronat (UDEL), de la CFDT, d’une boite d’intérim et d’un type particulièrement intéressant (dont j’ai oublié le nom, excusez-moi) qui nous a servi une analyse des entreprises du basin d’emploi d’Orléans particulièrement intéressante. Il  m’a promis de m’envoyer son texte. Je vous en reparlerai.

Il y a eu aussi beaucoup de témoignages qui venaient apporter des touches éparses, complémentaires et éclairantes sur le monde du travail et son évolution dans l’agglO. On a eu la gentillesse de me demander de parler de la mobilité des cadres et de ses impacts, voici ce que j’y ai dit à quelques mots près :

Peux-on tout tenir ? Physique, famille, travail, vie sociale, engagements…

C’est une question particulièrement importante quand on est cadre chrétien, que l’on veut être présent à soi, aux autres et au monde. Notre capacité à faire des choses avec d’autres et notre volonté nous pousse souvent à croire en notre omnipotence, parfois notre toute puissance. Alors on en fait plus, et encore plus…

Lorsque l’on approche de la quarantaine, on organise

des conférences, on prend des responsabilités dans l’Eglise, dans l’école de nos enfants, … En même temps, on travaille, on emmène nos enfants à l’école, on dine avec des amis, on assiste aux conférences organisées par nos amis aussi ! Ainsi, au cœur de notre vie d’adulte, arrive un moment où on a l’impression de faire quelque chose d’utile pour la société.

De la même manière, professionnellement, on a acquis plus de savoir faire, la capacité de manager, de travailler dans des domaines plus complexes. A la quarantaine, on cherche alors un travail qui vous permette d’épanouir vos capacités acquises et assumées.

Etant donné le peu de siège sociaux dans l’agglomération, souvent, comme ce fut mon cas, on ne trouve pas de travail suffisamment spécialisé ou qualifié à Orléans : on m’a dit que, comme moi, 7000 personnes prennent le train pour aller travailler à Paris. Je ne sais pas si le chiffre est exact mais c’est vrai que, proche de moi, je vois un grand nombre d’orléanais contraints un moment ou un autre d’aller travailler à Paris. Oh, pas pour gagner plus, juste pour avoir un travail qui correspondent à leurs capacités d’assumer des responsabilités.

Le matin, les gens s’installent dans des wagons volontairement non éclairés pour finir leur nuit. Chacun a sa place préférée. Etonnant de quitter si tôt sa femme pour aller se coucher sur une banquette de train.

On passe son temps dans les transports (pour moi, 4H30 par jour). Evidemment c’est fatigant. A peine arrivé chez soi, il va falloir se coucher si on ne veut pas être trop fatigué le lendemain matin. Finies les conférences, les diners entre amis, la possibilité de s’engager.

Le train est devenu une seconde vie. Une vie propice pour un peu d’intériorité mais une vie de silence au milieu du bruit. Une vie où l’on ne construit plus rien.

L’autre vie, celle que l’on vit à Orléans est une vie dans la nuit Une vie entre 20 H et 7 heures le lendemain matin. Une vie qui ne laisse que peu de place à l’autre et rend impossible tout engagement.

Comment participer à une réunion le soir quand vous arrivez chez vous à 20 heures (dans le meilleur de cas) et sous levez le matin à 6H ? Comment oser sortir lorsque vous savez que vos enfants ne vous voient presque plus ? Comment être responsable de quoi que ce soi quand votre emploi du temps dépend presque entièrement du fonctionnement des transports en commun ?

J’ai une terrible impression de gâchis : que de compétences perdues, que d’énergie gaspillée pour notre agglomération.

novembre 16, 2007 - Posté par migteix | Religion | , , , , , , , , | 8 commentaires

8 commentaires »

  1. Qu’en pensent MM Creiche et Prêtre ?
    Est-ce qu’ils en pincent Monseigneur ?

    Commentaire par Fansolo | novembre 16, 2007

  2. Bravo Miguel, malgré l’heure tardive de la fin de cette conférence tu as posté dans ton blog. J’ai bien aimé ton témoignage qui m’a bien fait toucher du doigt cette réalité de cadre (mais pas seulement) obligé de passer ce temps dans les transports pour… s’épanouir, disais-tu ? Pour ma part je pense que le côté déprimant de ces transports chronophages, le renoncement à mes engagements citoyens, de quartier ou paroissiaux, la frustration de ne plus être aux côté de mes enfants quand ils en ont besoin, la prise de décision de couple à la va-vite quand je croise mon épouse, … cela annihilerait tout épanouissement que je pourrais avoir dans ma vie professionnelle. Bon courage et peut-être au plaisir de nous croiser à nouveau.

    Commentaire par Bruno B. | novembre 16, 2007

  3. Bruno,

    J’ai également beaucoup apprécié ton témoignage.

    Je suis heureux de voir qu’il y a de l’ACO à Orléans (je suis un ancien de la ville de Colombes où l’ACO était très présente et j’ai une soeur et un beau-frère très impliqués dans l’ACO de Toulouse).

    Je suis content que cette rencontre ait été l’occasion de faire travailler ensemble plusieurs mouvements dont le MCC et l’ACO qui visent des populations différentes (et souvent en conflit larvé dans l’entreprise) mais qui ont une même vision du monde : tu nous as parlé de la valeur de l’engagement, c’est une valeur également très forte au MCC.

    J’espère que cette rencontre n’est que le début d’une meilleur connaissance et, pourquoi pas de collaborations à imaginer pour l’avenir.

    J’aimerai bien en savoir plus sur l’ACO à Orléans. Si tu as un peu de temps un de ces week end pour discuter autour d’un café, ce sera avec plaisir.

    Si tu as un texte n’hésite pas à me l’envoyer pour que je le publie soit sur mon blog, soit sur celui du mcc (mccloiret.blogspot.com).

    mon mail: migteix@yahoo.com

    Commentaire par Miguel | novembre 16, 2007

  4. cette manie de mettre les gens dans des cases.
    Les cadres cathos, les cadres beurs, les cadres femmes, les cadres machos, les cadres syndiqués, les cadres nicqués, les cadres chefaillons, les cadres ratés (on dit aussi ern conflit avec leurs employeurs),….
    Mais bon l’important n’est il pas de faire partie des dirigeants de ces assocs et de montrer la bonne voie au bon peuple.

    Commentaire par border_line | novembre 16, 2007

  5. En cours de licenciement à 58 ans d’une des 58 entreprises du loiret de + de 500 salariès, je me suis bien retrouvé dans votre réunion. Bravo pour vos temoignages.
    Cela fait du bien d’entendre des expériences qui ressembent à celle que l’on à vécu. 10 ans de voyages quotidien entre Orléans et La Défense.
    Meme si sur les réponses aux questions de fond : délocalisation, cout, reconnaissance sociale, responsabilités sont peu abordées, s’ecouter c’est formidable.
    Beaucoup usé par les transports et formidablement déçu par la vie en entreprise, je suis heureux de passer la main.
    Mais attention à vous les jeunes, une fois broyés, préssé, stressé quels projets pour vous dans l’entreprise quand la, cinquantaine approchera.
    UN Vieux désabusé

    Commentaire par Jacques Coudray | novembre 16, 2007

  6. @border_line: Tu as oublié ceux qui dégainent dés qu’ils entendent “catho” :)

    Commentaire par Miguel | novembre 16, 2007

  7. je pense être “le type particulièrement intéressant” dont vous parlez dans votre article.
    j’ai voulu choisir 2 angles d’éclairage par rapport au thème tellement vaste que constituaient les changements dans le travail à Orléans.
    le premier par rapport aux évolutions de la structure des entreprises et le second par rapport à 2 aspects qui constituent des traits caractéristiques du marché du travail (l’intérim et le temps partiel).
    Ceci pour montrer des changements qui impactent l’individu et son entourage direct mais aussi la société toute entière. Surtout si on veut bien se poser des questions sur ce qui permet à tout être humain d’être debout.

    Commentaire par Emmanuel | novembre 26, 2007

  8. Merci Emmanuel pour votre intervention qui donnait des éléments concrêts et chiffrés et pour votre analyse, votre éclairage sur la situation du monde du travail qui nous entoure.

    J’aurai aimé avoir votre texte pour le publier ou au moins l’envoyer par mail aux membres du MCC, maintenant, sentez-vous libre…

    Commentaire par Miguel | novembre 26, 2007


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